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Comment se déplace-t-on en Wallonie ?

La Cellule Mobilité d’AKT for Wallonia organisait ce 3 avril 2026, dans les locaux de La Bourse à Namur, une conférence consacrée aux résultats de l’Enquête fédérale sur les déplacements domicile-travail 2024-2025, avec un focus sur la situation en Wallonie. La matinée a réuni des mobility managers, des conseillers en mobilité, des chargés de projets et opérateurs de mobilité, autour de quatre interventions : la présentation des résultats de l’enquête, une mise en perspective stratégique pour les entreprises wallonnes et deux témoignages concrets d’entreprises – UCB et l’AVIQ – ayant transformé ce diagnostic obligatoire en levier d’action.

Une enquête fédérale au cœur des politiques de mobilité

Comme l’a présenté Christophe Pauwels, conseiller au SPF Mobilité et Transports, les déplacements domicile-travail justifient pleinement de faire l’objet d’une enquête obligatoire pour les employeurs parce qu’ils représentent tout de même 28% du temps passé à se déplacer les jours ouvrables.

L’enquête, réalisée tous les trois ans depuis 2005 poursuit un double objectif :

  • Recueillir des statistiques utiles aux politiques de mobilité (on dispose aujourd’hui de données sur 20 ans, ce qui permet de percevoir les évolutions)
  • Encourager la discussion sur la mobilité durable au sein des entreprises en obligeant l’employeur à mettre le sujet à l’ordre du jour du comité de concertation.

Certes, l’enquête a un biais important : seul le mode de transport principal (celui qui est utilisé le plus souvent ou, dans le cadre de trajets multimodaux, celui qui concerne la distance la plus grande parcourue) est pris en compte. Dans ce contexte, l’évolution de certains modes de transport est sans conteste sous-estimée.

Autre information importante à partager à propos de l’enquête fédérale : obligatoire pour les entreprises de plus de 100 travailleurs, elle a concerné dans sa dernière édition 1.778.118 travailleurs, ce qui fait d’elle l’une des bases de données de mobilité les plus volumineuses au monde pour ce type d’enquête. Des variations de 1 ou 2% sont donc statistiquement significative dans ce cas-ci.

Quelles sont les grandes tendances modales révélées par l’enquête ?

  • En Wallonie, la voiture solo reste largement dominante puisqu’elle représente 82,8% des parts modales contre 61,4% au niveau belge. Si en 20 ans, l’usage de la voiture diminue à l’échelle nationale, elle progresse de 3% au sud du pays !
  • Le vélo est en progression constante dans toutes les régions. Si en Belgique, la part modale du vélo est passée de 5,9% à 16,5% en 20 ans, en Wallonie, la progression est plus modeste : +3,3%.
  • Le train reste globalement stable dans les trois régions (autour de 4,4% en Wallonie) sur les 20 dernières années. Le bus, le tram, le métro augmentent à Bruxelles et diminuent dans les autres régions pointant à 3,3% des parts modales en Wallonie
  • C’est le covoiturage qui fait la moins bonne opération au cours des 20 dernières années. Il ne concerne plus en 2025 que 2,3% des travailleurs wallons contre 5,2% en 2005 et cela, en raison notamment du télétravail et du flexitime.

Ces données par province et par ville illustrent des réalités très contrastées au sein même de la Wallonie : la voiture domine partout, mais les villes comme Namur et Liège présentent une part de transports en commun plus élevée, tandis que Mouscron se distingue par une part modale du vélo remarquable. Les villes wallonnes qui ont investi dans les infrastructures cyclables voient des résultats concrets : Liège est passée de 0,8 % à 5,8 % de cyclistes depuis 2005, Namur de 1,0 % à 3,9 %. 10% des déplacements de moins de 5 km sont fait à Liège en vélo, ce qui, commente Christophe Pauwels, est loin d’être négligeable !

Quels sont les facteurs qui influencent la répartition modale ?

  • Le facteur le plus déterminant est sans conteste l’accessibilité aux transports en commun. Plus une entreprise est bien desservie, plus la part des transports en commun dans les déplacements domicile-travail augmente significativement. L’inverse est également vrai : quand il n’y a pas de congestion et peu de transports en commun, la voiture est très difficile à concurrencer. Autre chiffre à garder à l’esprit : 25% des travailleurs n’ont pas la possibilité de prendre les transports en commun !
  • La distance domicile-travail joue aussi un rôle important. La tranche 15-30 km est particulièrement défavorable aux alternatives : c’est une distance trop longue à parcourir à vélo, mais pas assez longue pour que le train concurrence la voiture.
  • Le type de flux : les déplacements « hors villes » (entre communes différentes) concernent 29% des travailleurs, mais constituent le défi le plus complexe pour la décarbonation parce qu’ils cumulent longues distances et offre limitée en transports en commun.
  • Le secteur d’activité : assez logiquement vu leur localisation, on constate que les travailleurs des services financiers ou de la fonction publique utilisent davantage les transports en commun que les travailleurs de la construction, de l’industrie ou de l’agriculture.

Les problèmes de mobilité perçus

L’enquête interroge aussi les travailleurs sur les problèmes de mobilité ressentis. Pour le vélo, la Wallonie obtient les scores les plus élevés en termes de manque d’infrastructures cyclables (3,1/5 contre 1,3/5 en Flandre) et de danger perçu (3,4/5). Pour les transports en commun, les Wallons déplorent davantage les temps de trajet trop longs (3,2/5), l’inadaptation des horaires (3,2/5) et la fiabilité de l’offre (3,0/5).

Comme l’a précisé Christophe Pauwels, ces perceptions sont subjectives et parfois en décalage avec la réalité statistique : les distances ressenties comme « trop grandes » en Wallonie ne sont pas objectivement plus élevées qu’ailleurs. Le relief est cité comme un frein alors qu’une ville comme Liège – très accidentée – affiche une croissance cycliste bien supérieure à Charleroi ou Mons.

Les politique de mobilité des employeurs

Les mesures en faveur de la mobilité durable progressent dans les entreprises. En 2024, 97 % des unités proposent une indemnité vélo (normal puisqu’elle est devenue quasiment obligatoire), 60 % offrent la gratuité des transports en commun et 60 % disposent de parkings vélos sécurisés. Le nombre de voitures de société s’est stabilisé en 2024 après des années de croissance continue. Signalons aussi que 33% des unités interrogées en Wallonie disposent d’un coordinateur mobilité (il n’y en avait que dans 2,8% des unités il y a 20 ans !) et 42% ont organisé au moins une action de sensibilisation à la mobilité.

Si l’on regarde l’évolution de la mobilité domicile-travail depuis 20 ans à travers les enquêtes fédérales, le télétravail apparaît comme le troisième changement majeur après l’essor du vélo et la chute du covoiturage. Il a permis d’éviter 13 % des déplacements domicile-travail au niveau belge, et 8 % en Wallonie. Cependant, le télétravail ne résout pas tous les problèmes de mobilité : la Wallonie enregistre toujours une hausse de 11 % du nombre de voitures utilisées pour se rendre au travail en 20 ans, malgré les 22 % de télétravailleurs absents au moins un jour par semaine. La raison ? La part modale de la voiture solo a augmenté de 3% en 20 ans, le covoiturage a diminué de 56% et le nombre de travailleurs a augmenté de 19%.

De la contrainte à l’opportunité : la mobilité comme enjeu stratégique pour les entreprises

En tant que responsable de la Cellule Mobilité d’AKT for Wallonia, Colette Pierard a ensuite pris la parole pour replacer l’enquête fédérale dans un contexte plus large : la mobilité n’est plus un simple sujet logistique, mais un enjeu RH et économique à part entière.

Trois chiffres illustrent l’urgence d’agir :

  • 46 % des demandeurs d’emploi n’ont pas le permis de conduire ;
  • 1 Belge sur 3 est stressé par les embouteillages ;
  • depuis le 28 février, un plein d’essence coûte 12 à 15 € de plus, et le diesel est 25 à 30 € plus cher.

A cela s’ajoute un autre argument, réglementaire celui-là : le budget mobilité, aujourd’hui optionnel et encore peu adopté (2 à 4,5 % des unités), deviendra obligatoire dès le 1er janvier 2027 pour les employeurs de plus de 50 travailleurs proposant des voitures de société, et s’étendra aux entreprises de plus de 15 travailleurs l’année suivante. « Anticiper, c’est avoir le choix. Subir, c’est gérer dans l’urgence », a résumé Colette Pierard.

Face à ces enjeux, elle a souligné que les entreprises ont de nombreux leviers d’action : plan de déplacement d’entreprise, désignation d’un Mobility Manager, aménagement des infrastructures (parkings vélo, douches, parkings réservés pour covoitureurs), incitants fiscaux (indemnité vélo, remboursement des TC), organisation du travail (télétravail, flexitime), mise en place de services (navettes d’entreprises, plateformes de covoiturage, leasing vélo) et actions de communication et de sensibilisation.

La Cellule Mobilité est d’ailleurs à leur disposition pour les aider à mettre en place tous ces leviers.

L’enquête fédérale est obligatoire, mais elle peut devenir un véritable levier d’action pour les entreprises. La preuve avec les deux entreprises invitées à témoigner : UCB et l’AVIQ

Témoignage d’UCB Pharma : l’enquête comme déclencheur d’une politique de mobilité durable

Chez UCB, entreprise pharmaceutique située à Braine l’Alleud dans un parc d’activité peu desservi par les transports en commun, l’enquête fédérale a servi de point de départ à une réflexion plus large sur la mobilité des travailleurs. C’est ce qu’a expliqué Stéphanie Roussel, Mobility Partner.

Citons quelques actions :

  • un bilan mobilité réalisé avec l’aide d’AKT for Wallonia (alors UWE) en 2015 ;
  • la participation au programme Tous Vélo Actifs dès 2015 ;
  • la formation de plusieurs Mobility Managers, favorisant un langage commun en interne ;
  • la mise en place d’une plateforme de covoiturage qui fonctionne bien (6 à 7% de covoitureurs)
  • le maintien de la navette d’entreprise depuis la gare de Braine (organisée pour des raisons sanitaires en 2020) parce qu’elle induit une augmentation significative du nombre d’abonnements de train.

La mobilité est devenue un sujet structurel dans l’entreprise et inscrit dans la concertation sociale puisque la thématique est abordée 2 à 3 fois par an en CPPT. Les représentants du personnel participent activement à l’évaluation des mesures et sont impliqués dans les discussions liées aux différents projets (places de parkings dédiées aux covoitureurs, solutions de leasing vélo...), ce qui fait de la mobilité un sujet coconstruit plutôt qu’imposé.

Enfin si l’enquête a été un levier, elle permet aussi désormais de mesurer l’impact des actions menées.

Témoignage de l’AVIQ : de l’enquête interne au plan de mobilité

L’AVIQ, l’Agence pour une Vie de Qualité, est un organisme public wallon créé en 2016 dont les quelques 899 agents sont répartis sur 9 sites disséminés en Wallonie. Selon Mélissa Walka, directrice de la gestion mobilière et immobilière de l’agence, celle-ci ne disposait, avant le lancement de la dernière enquête fédérale, d’aucun plan de mobilité formalisé.

En 2024 donc, elle a lancé pour chaque site une enquête interne de mobilité ambitieuse, délibérément calée sur les questions de l’Enquête fédérale afin de pouvoir répondre directement pour une série de données, mais enrichie de questions supplémentaires sur la propension aux changements et les incitants ou les freins au report modal. 46% du personnel y a répondu. Sans surprise, l’usage de la voiture est prédominant (86%), mais 33% des répondants se disent cependant prêts à changer au profit du vélo ou des transports en commun à certaines conditions (remboursement des frais de parking à la gare, parkings vélos sécurisés, mise en place d’un leasing vélo, etc.).

Sur cette base, un plan de mobilité global a été élaboré puis déployé progressivement : participation à la Semaine de la Mobilité, mise à disposition de vélos de service pour des tests, promotion des avantages existants (remboursement à 100% des abonnements de transports en commun, indemnité vélo) et mise en relation pour du covoiturage. Pour le bureau liégeois, un plan de mobilité spécifique a été envisagé dans le cadre d’un déménagement vers les centre de la ville, à proximité du tram.

Mélissa Walka a toutefois évoqué la difficulté pour les organismes publics comme le sien de convaincre au changement de mobilité avec des avantages pécuniers dans la mesure où toute décision de ce type se prend au niveau de l’ensemble de la fonction publique wallonne. Ce qui limite fortement les marges de manœuvre.

En conclusion, la conférence a révélé que l’Enquête fédérale sur les déplacements domicile-travail est bien plus qu’une obligation administrative. Elle constitue un outil de diagnostic précieux, une base de comparaison dans le temps, et un point d’entrée idéal pour amorcer – ou accélérer – une politique de mobilité durable en entreprise. C’est en outre, le bon moment (hausse des carburants, future obligation du budget mobilité, difficultés de recrutement) pour les entreprises de passer à l’action.

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