Lucie Castaigne

La gestion de la mobilité pour les entreprises est l’un des défis majeurs auquel elles sont de plus en plus confrontées. L’optimisation de la mobilité passe donc naturellement par la promotion de la mobilité douce mais elle ne se cantonne pas uniquement à proposer des alternatives à la voitures à leurs employés. En effet, le meilleur déplacement n’est-il pas celui qui n’a pas lieu ?! Ainsi, une bonne gestion de la mobilité pour les entreprises passe également par des déplacements évités ou les plus limités possibles.

En mars dernier, le SPF Mobilité et Transports a publié une nouvelle étude sur les chiffres-clés du télétravail en Belgique, réalisée en réponse à différents constats liés à la mobilité en Belgique. Un premier constat pointe qu’environ un quart des kilomètres parcourus sont liés aux déplacements domicile-travail. Pendant les heures de pointe, ces déplacements peuvent représenter jusqu’à deux-tiers des kilomètres parcourus. Un deuxième constat souligne que la solution ne réside pas dans des investissements publics massifs en matière d’infrastructure. C’est au contraire plutôt sur un changement comportemental et de besoins en matière de transports qu’il faut miser. Dans ce contexte, la réduction de la demande de transport et donc l’élimination des motifs justifiant un déplacement via, par exemple, le télétravail est un facteur capital. Cette enquête a été réalisée auprès de deux mille travailleurs belges en vue d’analyser la pratique du télétravail et d’en mesurer l’impact sur la mobilité. Il en ressort quelques grandes tendances :

  • Près de 17% des travailleurs font du télétravail (12% télétravaillent en moyenne 1 jour par semaine et 4%, deux jours par semaine).
  • Plus la distance entre le domicile et le lieu de travail est grande, plus le travailleur optera pour du télétravail : si cette distance est supérieur à 50 kilomètres, un travailleur sur trois optera pour du télétravail, si ce trajet se situe entre 30 et 50 kilomètres, ce chiffre descend à un travailleur sur quatre.
  • 45% des télétravailleurs interrogés affirment que lorsqu’ils travaillent depuis leur domicile, ils n’effectuent aucun autre déplacement que ceux qu’ils faisaient déjà pendant une journée normale de travail. Pour ce qui est des déplacements effectués en plus, ils sont très souvent effectués en dehors des heures de pointe (Voir graphique ci-dessous) et sont supposés plus courts que les déplacements ordinaires domicile-travail.

Graphique 1 : pourcentage des télétravailleurs qui entreprennent un déplacement supplémentaire (n = 276)

  • Toujours selon cette étude du SPF, le pourcentage de télétravailleurs en Belgique pourrait potentiellement monter jusqu’à 42% (en comptabilisant les télétravailleurs actuels et les « potentiels »). En effet, si on exclut les travailleurs qui ne veulent pas télétravailler, une large partie des travailleurs (presque 30%) estime que leur job est compatible avec du télétravail et/ou qu’ils y seraient favorables si l’employeur adaptait quelque peu l’organisation quotidienne du travail. Ces chiffres démontrent donc qu’il existe encore un énorme potentiel de travailleurs prêts à passer le cap du télétravail. L’enquête révèle également qu’au niveau des kilomètres, ces télétravailleurs potentiels auraient un impact non négligeable sur la mobilité puisque jusque 16,5% de kilomètres pourraient ainsi être évités (contre 6,7% de kilomètres évités actuellement).

Graphique 2 : les raisons pour lesquelles l’on ne souhaite pas télétravailler (n = 1361)

Tableau 1 : télétravail potentiel (n=1637)

  • Les secteurs à la pointe du télétravail sont les administrations publiques, l’enseignement et les « autres services » (communication, immobilier, professions libérales, services administratifs et d’appui), avec en tête de peloton le secteur du crédit et des assurances dans lequel 30% des travailleurs y font du télétravail. À l’inverse, les secteurs où le télétravail est le moins répandu sont les grossistes et détaillants, l’HoReCa, les domaines de l’industrie, de la Santé humaine et action sociale. Des chiffres plus faibles qui peuvent facilement s’expliquer par les fonctions occupées par les employés de ces secteurs. En effet, certaines fonctions permettent plus facilement que d’autres d’opter pour du télétravail : le cadre moyen ou supérieur, le fonctionnaire ou encore les indépendants ou gérants peuvent plus aisément décider de leur propre agenda ou organiser leur travail en fonction.
  • Dernier élément à souligner dans l’étude du SPF et qui apparait comme décisif dans le développement du télétravail est la taille de l’entreprise. D’après ces chiffres, le nombre de télétravailleurs est directement corrélé à la taille de l’entreprise : dans les entreprises de plus de 250 travailleurs, le pourcentage de télétravailleur y est de 19,4%. Celles-ci disposent bien souvent d’un département ICT avec un réseau d’entreprise et de moyens pour mener une politique favorable au télétravail au niveau des ressources humaines, des facteurs incontestablement facilitateur d’une politique d’entreprise propice au télétravail.

Téléchargez l’étude complète du SPF Mobilité & Transports au format pdf